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On attend des dirigeants qu’ils aient une vision de l’avenir, exprimée à l’aide de résultats mesurables. Mais est-ce vraiment la meilleure façon de diriger ?

« À votre avis, où en sera l’université dans cinq ou dix ans ? »

le meilleur plan que nous pourrions élaborer autour d’une table de conférence n’est pas comparable au plan que Dieu a en réserve pour nous.

En tant que président d’une université, c’est une question que l’on me pose régulièrement, et c’est une question on ne peut plus naturelle à l’adresse de tout patron d’entreprise ou président d’institution, car la société attend des dirigeants qu’ils aient une « vision » de l’avenir. Le fait est que nous avons été formés à croire que l’expression de cette vision doit s’accompagner d’une abondance de résultats mesurables.

Quant à moi, lorsqu’on me pose cette question, ma réponse est sans ambages, même quand on me la pose dans des interviews télévisées : « Je n’en ai aucune idée, mais je sais que le meilleur plan que nous pourrions élaborer autour d’une table de conférence n’est pas comparable au plan que Dieu a en réserve pour nous. »

Franchement, pour ce qui est de l’université, je ne sais pas à quoi ressemblera notre avenir. Nous aurons peut-être plus d’étudiants dans cinq ou dix ans, ou moins d’étudiants. Je ne sais pas quels nouveaux programmes académiques nous pourrions ajouter ou supprimer. Je ne sais pas où nous pourrions ouvrir de nouveaux campus ou en fermer. Je ne planifie pas l’avenir. Notre destination dépend totalement des opportunités que Dieu va ouvrir pour nous. Ainsi, non seulement je ne planifie pas l’avenir, mais surtout, je ne m’en soucie pas.

Je pourrais facilement spéculer sur ce que pourrait nous réserver l’avenir, en me basant sur l’histoire et l’évolution des forces culturelles et du marché, mais je ne planifie pas d’avenir particulier et je ne travaille pas d’avantage pour atteindre des objectifs de croissance prédéfinis. Ayant depuis de nombreuses années vécu une façon de diriger selon les opportunités, je sais que lorsque je regarde en arrière pour envisager ce que j’aurais pu prévoir il y a cinq ou dix ans, la réalité d’aujourd’hui ne ressemble en rien à l’avenir que j’aurais pu imaginer à l’époque.

Diriger en fonction des opportunités nécessite l’attente et l’anticipation d’opportunités offertes par Dieu qui s’intègrent parfaitement à notre mission, à nos dons et à nos capacités pour nous propulser vers des destinations prévues par Dieu. Nous devenons, par conséquent, des dirigeants qui s’attachent à affiner les traits de caractère qui nous permettent de devenir très sensibles au vent de Dieu et de créer une culture organisationnelle qui nous permet de saisir les nouvelles opportunités, sans tarder, de façon experte et avec énergie.

Diriger en fonction des opportunités nécessite l’attente et l’anticipation d’opportunités offertes par Dieu qui s’intègrent parfaitement à notre mission, à nos dons et à nos capacités

Au lieu de planifier la destination, c’est l’exécution de notre programme de mise en œuvre que nous devons bien planifier. Dans mon université, nous enseignons l’histoire, nous organisons des cultes dans la chapelle, nous jouons au football, nous fournissons un service de restauration, nous payons les factures et nous remplissons toutes les autres fonctions qui font fonctionner une petite ville sur un campus. Nous planifions et travaillons dur pour que ces activités soient solides, efficientes, harmonieuses et efficaces. Bien planifier ce que nous savons relever de notre responsabilité est un principe de bonne gestion, et je crois que Dieu ne nous confiera pas davantage si nous n’utilisons pas convenablement ce que nous avons déjà entre nos mains.

Cette planification de la mise en œuvre doit être élaborée aussi localement que possible, et son exécution doit être accomplie par celles et ceux qui effectuent le travail donné en première ligne. En revanche, des plans visionnaires complets sont souvent élaborés par des conseils d’administration, des directeurs généraux et des groupes de travail stratégiques. Ensuite, pendant les mois et les années qui suivent, ces dirigeants vivent frustrés parce que les exécutants de première ligne ne parviennent pas à faire avancer les changements avec la même fluidité que celle envisagée par l’équipe de planification.

En tant que dirigeants, nous trouvons notre véritable vocation lorsque nous nous libérons d’un processus de planification traditionnel, ancré dans la structure, la stabilité et le contrôle. Au contraire, nous nous efforçons d’être attentifs, informés et suffisamment flexibles pour saisir les opportunités.

Les effets négatifs de la planification en fonction de la destination

L’Église a appris à construire des organisations qui reflètent souvent celles construites par le monde des affaires, avec tout ce qu’elles peuvent avoir d’impressionnant. Pourtant à la différence des institutions laïques, notre objectif éternel valorise la qualité du voyage et ne se contente pas d’établir de nouvelles têtes de pont. La planification structurée de la destination limite non seulement ce que nous pouvons accomplir, mais la nature du processus crée cinq sous-produits qui polluent la culture organisationnelle d’un service chrétien.

1. Dans notre service pour Dieu, planifier en fonction de la destination produit rarement les résultats les plus importants.

Jetez un coup d’œil en arrière sur la dernière décennie de votre service pour Dieu. Quel a été le résultat le plus marquant ? Avait-il été conçu dans un plan ? Peut-être un nouveau bâtiment était-il prévu, ou une nouvelle initiative, mais étiez-vous préparé à ce nouvel employé clé qui a fait toute la différence ? Aviez-vous prévu les succès dont vous parlez le plus avec les donateurs aujourd’hui ? Un nouveau domaine vital du ministère a-t-il émergé parce que vous l’aviez planifié de A à Z, des mois ou des années à l’avance, ou ces portes ont-elles été ouvertes par des opportunités inattendues ?

À moins que vous ne soyez hors norme, ce qui est important est rarement envisagé dans le cadre d’une structure de planification formelle. Et si vous répondez que la structure de planification a fonctionné et a produit exactement ce que vous attendiez, je dirais alors que vous êtes probablement passé à côté des meilleures choses que Dieu avait pour vous parce que votre bateau à moteur ne prenait pas en compte le vent de Dieu quand il soufflait dans votre direction.

2. Planifier en fonction de la destination homogénéise vos forces et ouvre la porte à la médiocrité.

Dans un processus de planification traditionnel, tout le monde doit être inclus, mais si vous traitez tous les dons de votre service pour Dieu avec la même valeur, vous passez à côté de votre appel et des dons que Dieu vous a confiés. Dans mon université, Dieu nous a donné la possibilité de devenir une institution leader dans le domaine des arts. Au début de la construction de notre université, nous manquions cruellement de moyens dans de nombreux domaines clés. Pourtant, nous commencions à développer un programme de danse exceptionnel, à une époque où aucune autre université chrétienne ne proposait de spécialisation en danse. Capitalisant sur cette force, nous avons promu, financé, doté en personnel et construit des installations de premier ordre pour cette spécialisation.

Si nous avions confié notre avenir au processus traditionnel de planification stratégique, aucun groupe de parties prenantes n’aurait jamais encouragé des dépenses aussi somptueuses pour la danse, alors que nous manquions cruellement de personnel et de fonds dans d’autres départements académiques importants. Pourtant, Dieu ne nous ouvrait pas d’opportunités dans ces autres domaines comme il le faisait dans celui de la danse. Son vent soufflait pour créer quelque chose d’exceptionnel pour les chrétiens dans la danse, et nous avons saisi l’occasion. Et depuis lors, notre programme de danse a apporté une visibilité nationale et internationale à notre campus. Le fait de se concentrer sur la possibilité de s’appuyer sur cette force a « porté tous les bateaux », car nous avons pu développer l’ensemble de l’institution grâce à la réputation de notre département de danse.

3. Planifier en fonction de la destination oblige à se concentrer sur les déficiences.

Oui, votre structure de planification comprendra probablement une analyse SWOT qui tente d’aligner vos forces. Cependant, par nature, la planification se concentre principalement sur ce que vous n’avez pas, plutôt que de célébrer ce que vous avez reçu.

Diriger en fonction des opportunités renverse cet ordre, en fixant notre attention sur le changement porté par le vent de Dieu, tout en nous apprenant à nous satisfaire de ce que les autres besoins sont satisfaits pour le moment comme Dieu le veut. Une planification qui accentue nos défauts, plutôt que de nous réjouir de nos bénédictions, ne crée pas une culture propice à étendre la portée et la croissance du ministère ; elle ne construit pas non plus, dans tout le service pour Dieu, l’esprit de reconnaissance qui honore Dieu. Pour remplacer la planification axée sur les déficiences par une anticipation axée sur les opportunités, il faut, selon le témoignage de Paul dans Philippiens 4, commencer par éviter le piège qui permet à la planification de devenir une structure d’inquiétude collective (v 6-7). Deuxièmement, nous devons empêcher la planification de diminuer la valeur des dons que Dieu a déjà confiés à notre service pour lui (v 8, 12-13).

4. Planifier en fonction de la destination retarde les décisions, crée des tensions, limite le dialogue et fixe des attentes irréalistes.

La planification traditionnelle retarde les décisions au point que les solutions sont souvent en partie sans intérêt au moment où elles sont mises en œuvre. La lenteur du processus ajoute le plus souvent à la tension, car tout s’arrête en attendant que le groupe de planification ait terminé son travail. La discussion est limitée car nous cherchons à contenir tout dialogue dans le cadre de la confidentialité exigée de l’équipe de planification.

Le pire, c’est qu’elle crée un espoir éphémère, car les projections imaginaires de l’avenir ne sont jamais à la hauteur de la réalité. J’ai construit beaucoup de bâtiments au fil des ans, mais j’ai appris, après la première demi-douzaine, à ne jamais commander un rendu architectural du bâtiment. Ces dessins sont très coûteux, mais surtout, ils sont encore plus coûteux pour le moral, car aucun bâtiment ne peut avoir l’air aussi beau qu’un rendu d’architecte parfaitement dessiné.

5. Planifier en fonction de la destination est quelque peu stupide dans la mesure où elle concentre presque toujours l’attention sur des chiffres artificiels.

Pourquoi vos objectifs seraient-ils atteints en 2030, plutôt qu’en 2029 ou 2031 ? Pourquoi nos besoins financiers pour un projet sont-ils presque toujours fixés à 1 million de dollars, 5 millions de dollars ou 10 millions de dollars, ou un autre chiffre rond, au lieu d’un besoin spécifique ? Pourquoi nos efforts d’évangélisation se traduisent-ils toujours par des chiffres ronds qui se terminent par au moins trois zéros, tout comme nos projections concernant la foule invitée à un grand rassemblement ?

Les objectifs énoncés en chiffres ronds et en gras ne sont pas une caractéristique de la planification – ils relèvent du marketing. Cela convient pour la diffusion de messages courts, si c’est le moyen le plus simple de communiquer la vision à votre base. Mais ne confondez pas les chiffres ronds et gras avec des plans importants.

Les objectifs énoncés en chiffres ronds et en gras ne sont pas une caractéristique de la planification – ils relèvent du marketing. Mais ne confondez pas les chiffres ronds et gras avec des plans importants.

La pandémie de COVID-19 est l’exemple le plus simple de l’inefficacité de la planification traditionnelle. Votre service pour Dieu l’avait-il prévue ? Ou quelqu’un d’autre ? Bien sûr que non ! Nous avons cependant tous fait face à la situation, nous nous sommes rapidement adaptés et nous avons même trouvé des moyens d’améliorer considérablement notre « ministère normal » – même si une pandémie mondiale n’était pas prévue dans le plan quinquennal d’un seul responsable chrétien.

Lorsque le virus a frappé, tous les plans organisationnels à long terme ont été jetés à la poubelle, et nous sommes tous devenus des dirigeants plus forts parce que nous ne pouvions pas dépendre d’un plan prédéterminé pour faire face à cette difficulté. Au lieu de cela, cette « opportunité de crise » a exigé de nous que nous apportions notre leadership à travers elle. Et surtout, nous sommes tous devenus plus dépendants de Dieu pour l’avenir, au lieu de nous appuyer sur nos plans soigneusement élaborés.

Pour les services chrétiens, les ajustements brusques et rapides que nous avons faits pendant la pandémie de COVID-19 ont été une impulsion forcée pour entrer dans le cœur de cette façon de diriger selon les opportunités. C’est un modèle de leadership qui commence et se termine par une confiance totale en Dieu pour la direction d’un service pour Dieu. Il permet aux destinations futures d’être ordonnées par sa main et détend notre main de fer sur le volant de contrôle. Lorsque nous l’adoptons, nous rejoignons les dirigeants qui se sont libérés du fardeau écrasant d’avoir à déterminer ce qui est le mieux pour leur service. Nous n’avons plus besoin de manipuler nos efforts et les circonstances pour obtenir des résultats qui nous forcent à atteindre des destinations prédéterminées.

Note de l’éditeur : Ceci est un extrait révisé du livre de Roger Parrott, Opportunity Leadership: Stop Planning and Start Getting Results (Moody Publishers, February 2022).

Préparez-vous à oublier tout ce que vous savez sur « exécuter votre plan ». Dans ce livre contre-intuitif, Roger Parrott, président d’université innovant, renverse le leadership et vous montre comment les opportunités inattendues – celles à côte desquelles vous êtes peut-être en train de passer – sont la clé de votre réussite. Quand votre pensée sera axée sur une façon de diriger en fonction des opportunités, vous verrez des résultats dirigés par Dieu comme jamais auparavant. Dans un langage simple, le Dr Parrott vous guide dans le développement de six traits de caractère qui vous permettront d’orienter vos perspectives de leadership vers des opportunités inexploitées. De plus, il vous propose un plan étape par étape pour créer, à l’échelle de l’organisation, six tendances qui permettront à votre équipe de saisir les opportunités qui se présentent sans tarder, de façon experte et avec énergie. Obtenez votre exemplaire maintenant.

*Le livre est disponible en anglais uniquement

Le Dr Roger Parrott est président de l’université Belhaven à Jackson, Mississippi, et ancien directeur du Mouvement de Lausanne pour les USA. Il a été reconnu comme l’un des « 10 leaders de l’éducation les plus visionnaires de 2021 » par Education Magazine. Sous sa direction, Belhaven a été désigné comme l’une des « meilleures universités américaines où travailler » par le Chronicle of Higher Education. Il est l’auteur de The Longview: Lasting Strategies for Rising Leaders and Opportunity Leadership: Stop Planning and Start Getting Results.