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Vus de l’extérieur, les pays européens semblent avoir beaucoup en commun : une histoire partagée de guerres, d’alliances et d’échanges commerciaux qui ont servi à les diviser et à les unir ; des échanges culturels qui se sont étendus sur une période de plus de deux mille ans ; et une certaine mentalité, vision du monde ou « esprit » européen.

nous devons traiter l’Europe comme tout autre contexte missionnaire.

Pourtant il existe aussi une extraordinaire diversité entre les régions d’Europe, entre un pays et un autre, entre les régions d’un même pays, et même entre les quartiers d’une même ville. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de la mission chrétienne, nous devons traiter l’Europe comme tout autre contexte missionnaire. Si nous voulons en outre vraiment communiquer et incarner l’Évangile de Jésus nous devons nous efforcer de comprendre la culture locale.

Trois mythes sur l’Europe

Les Européens et les non-Européens émettent souvent d’énormes suppositions sur la condition spirituelle de l’Europe. Je soutiens qu’il existe trois mythes communs concernant l’Europe.


Mythe n° 1 : L’Europe est chrétienne.

Le premier mythe est que l’Europe est encore « le continent chrétien ». Cette idée est soutenue par l’impression visible de croix et d’églises partout où vous allez. Les croix figurent toujours sur les drapeaux de plus d’une douzaine de pays et territoires d’Europe.

Il va sans dire que l’impact du christianisme sur la culture européenne est énorme et, comme l’a démontré de manière convaincante le récent ouvrage de l’historien Tom Holland intitulé Dominion : The Making of the Western Mind, le christianisme continue d’avoir un impact majeur sur tous les domaines, depuis nos concepts légaux et de droits de l’homme jusqu’à la laïcité elle-même. Il ne fait pas de doute que les musulmans considèrent l’Europe comme chrétienne. Il en va de même pour de nombreux chrétiens du monde majoritaire dont les Églises ont été fondées par des missionnaires européens – jusqu’à ce qu’ils la visitent et ne tardent pas à se rendre compte que c’est loin d’être vrai.


Dominion: The Making of the Western Mind by Tom Holland

Les données de l’édition la plus récente de l’enquête sur les valeurs européennes (EVS 2017-20) indiquent que 61 % des Suédois, 53 % des Néerlandais, 51 % des Britanniques et des Norvégiens, et 50 % des Tchèques disent ne pas croire en Dieu. En ce qui concerne la fréquentation des églises, seul un Suédois, un Norvégien ou un Finlandais sur vingt y va le dimanche, et un Danois sur quarante. 63 % des Français, 61 % des Tchèques et 60 % des Britanniques n’assistent jamais à un service religieux.

Il a fallu plus de trois cents ans, mais l’Europe s’est progressivement transformée, comme le dit le philosophe Charles Taylor dans A Secular Age : « évoluant d’une société où la croyance en Dieu (était) incontestée et, en effet, ne soulevait pas de problème, jusqu’à une société dans laquelle une telle croyance est considérée comme une option parmi d’autres, et souvent pas la plus facile à adopter ».


Mythe n°2 : L’Europe est athée.

Le deuxième mythe est que l’Europe a été si complètement sécularisée que la plupart des Européens sont pratiquement athées : ils vivent comme si Dieu n’existait pas.

moins de

15%

de la population se déclare « athées convaincus »

Ce point de vue est certainement soutenu par la popularité dans les médias de célébrités athées, comme Richard Dawkins, qui affirment que la religion n’est pas seulement illusoire mais dangereuse. Et curieusement, de nombreux missionnaires du monde majoritaire semblent avoir accepté ce mythe comme vrai, puisqu’ils proclament eux aussi qu’ils vont ramener l’Évangile sur le continent séculaire.

Mais cela aussi est un mythe. À l’exception de la France (23 %) et de la Suède (19 %), dans tous les autres pays européens, moins de 15 % de la population se déclare « athées convaincus ». Même dans les pays les plus sécularisés, environ une personne sur six ou sept prie au moins une fois par semaine : 15,1 % en République tchèque, 15,7 % en Suède et 13,5 % au Danemark.

En outre, des études ont montré que le christianisme reste lidentité religieuse dominante de la plupart des Européens. Il peut certes s’agir d’un christianisme culturel ou nominal, mais l’idée que tous les Européens sont athées n’est tout simplement pas étayée par les données. C’est un mythe.


Mythe n°3 : L’Europe est post-chrétienne.

Le troisième mythe est que l’Europe est désormais totalement post-chrétienne.

Pour de nombreux médias, il s’agit là d’un postulat de base : l’Europe a dépassé son héritage chrétien singulier et elle est désormais totalement pluraliste en matière de religion et de plus en plus areligieuse, car lors d’enquêtes comportant une question sur leur religion, de plus en plus de personnes s’identifient comme n’en ayant « aucune ». Elles n’ont pas de religion.

nous devrions célébrer la fin de la chrétienté historique

Pourtant, les médias ne sont pas les seuls à affirmer que l’Europe est post-chrétienne. Au cours des trente dernières années, des missiologues chrétiens comme Alan Hirsch et Michael Frost dans The Shaping of Things to Come et Stuart Murray dans Post-Christendom ont soutenu que, plutôt que de se lamenter sur la disparition des formes institutionnelles de l’Église, nous devrions célébrer la fin de la chrétienté historique et de tous les abus de pouvoir, de richesse et de prestige qui lui sont associés. Ils affirment que l’Église en Europe ferait bien de laisser derrière elle les formes d’Église héritées de l’ancienne chrétienté et d’adopter des formes plus « missionnelles » qui ne dépendent pas de rassemblements attractifs dans des bâtiments d’église traditionnels.

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Aussi bien les journalistes laïques que les missiologues post-chrétiens sont trop enclins à rayer d’un trait ce que Dieu fait dans les Églises établies et sont peut-être trop lents à comprendre que, loin des projecteurs, une ré-évangélisation extraordinaire de l’Europe est en cours.

Il est possible d’identifier trois dimensions de cette ré-évangélisation peuvent être identifiées. Tout d’abord, des plateformes nationales dynamiques d’implantation d’Églises ont vu le jour dans plus de la moitié des nations d’Europe. Deuxièmement, les mouvements de réveil et de formation de disciples parmi les jeunes générations explorent des moyens créatifs d’atteindre la jeunesse sécularisée d’Europe.

Et troisièmement, la question sur laquelle je me concentrerai dans la suite de cet article : la migration vers l’Europe de millions de chrétiens du monde majoritaire au cours des 50 dernières années. Cette nouvelle réalité spirituelle est un véritable défi au mythe de l’Europe post-chrétienne. Comme le dit souvent un de mes amis : L’Europe n’est pas post-chrétienne, elle est pré-réveil.

Défis et opportunités des Églises de la diaspora en Europe

Comme il l’a fait tout au long de l’histoire, Dieu utilise des personnes en mouvement pour ré-évangéliser le continent européen.

Au cours des trente dernières années, les migrants latino-américains ont implanté des centaines d’Églises en Espagne, au Portugal et au-delà. Il est difficile de trouver une grande ville européenne qui ne compte pas une importante congrégation hispanophone et/ou brésilienne.

 Dieu utilise des personnes en mouvement pour ré-évangéliser le continent européen.

Les chrétiens asiatiques ont également implanté des Églises partout où ils ont migré. Selon la Chinese Overseas Christian Mission, il existe 347 églises chinoises en Europe : 167 au Royaume-Uni, 31 en Italie, 28 en Espagne, 27 en France et 23 en Allemagne. Leur liste d’Églises comprend au moins une congrégation dans 22 pays européens différents. Ce n’est qu’une fraction du total, et il ne s’agit que des Chinois. Les Coréens, les Philippins, les Tamouls et bien d’autres n’ont pas été moins assidus.

Cependant, ce sont les Églises d’Afrique noire qui sont les plus nombreuses. Les Églises pentecôtistes émanant d’initiatives africaines se comptent par milliers rien qu’en Grande-Bretagne. Harvey Kwiyani a écrit qu’à elle seule la Redeemed Christian Church of God compte aujourd’hui plus de 750 assemblées locales et continue à implanter 25 nouvelles assemblées en Grande-Bretagne chaque année. Si une ville européenne a une population africaine importante, il y aura presque certainement une Église de la diaspora africaine, même si les chrétiens européens locaux n’en sont pas conscients.

Cette nouvelle réalité représente une énorme opportunité pour l’Europe, mais aussi un énorme défi. En effet, nous ne pouvons échapper à l’inconfortable vérité selon laquelle la présence de milliers d’Églises du monde majoritaire en Europe n’a pas l’impact qu’elle devrait avoir, parce que de nombreux responsables de ces Églises ne sont pas capables ou désireux d’adapter leurs Églises à la culture et au contexte. Comme me l’a dit récemment un responsable d’Église chinois : « Les Églises de la diaspora chinoise sont comme de belles fleurs qui ont été plantées dans le sol européen, mais qui ont oublié d’enlever le pot. »

La communication de l’Évangile chrétien à travers l’histoire a toujours impliqué une traduction en langue vernaculaire. Par conséquent, comme l’a fait valoir de manière convaincante Lamin Sanneh dans Translating the Message, dans chaque situation, l’Évangile doit trouver sa propre voix au sein de la culture d’accueil. C’était vrai lorsque l’Évangile a été transporté de l’Europe vers le monde majoritaire et c’est tout aussi vrai aujourd’hui, alors que ce flux est inversé. Mais ce n’est pas seulement un défi pour les Églises de la diaspora. De la même manière, les dirigeants des Églises européennes n’ont pas voulu ou pas su comment aider les chrétiens de la diaspora à atteindre la population locale.

Les deux parties de l’Église en Europe, les Églises de la diaspora et les Églises européennes autochtones, doivent faire davantage pour construire des ponts de communication et de collaboration. Comme je l’ai dit ailleurs : « l’avenir de l’Église en Europe pourrait bien dépendre de l’émergence d’un christianisme interculturel véritablement européen. »

La vision de Lausanne Europe

Dieu veut que son peuple collabore dans la mission.

Dieu veut que son peuple collabore dans la mission. On trouve énormément de preuves de cette collaboration dans les lettres du Nouveau Testament. Et c’est la raison d’être de Lausanne Europe : susciter, encourager et faciliter la collaboration dans la mission de Dieu en Europe ; susciter une vision de ce qui devient possible si nous travaillons ensemble ; encourager les dirigeants, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, Européens de souche et nouveaux Européens, ceux qui exercent un ministère dans les églises et ceux qui exercent un ministère dans le monde du travail, à collaborer ; et faciliter les initiatives de collaboration qui s’emploient à « rendre témoignage à Jésus-Christ et à tout son enseignement, dans toutes les nations du monde, mais aussi dans toutes les sphères de la société, et dans le monde des idées » (CTC).

La tâche est énorme, mais Lausanne Europe a un rôle à jouer pour encourager les connexions et la collaboration entre tous ceux qui cherchent à partager l’Évangile avec cette génération d’Européens.

Note : Une explication plus complète des sujets abordés dans cet article se trouve dans Europe 2021 – Un Rapport Missiologique

Jim Memory est le directeur régional de Lausanne Europe et le directeur des partenariats internationaux de la Mission chrétienne européenne.