Dans la première partie de cet article,[1] nous avons présenté différentes approches du racisme et nous avons rappelé que « l’évangélisation et l’engagement sociopolitique font tous deux partie de notre devoir chrétien. »[2]

Dans cette partie, nous poursuivons la réflexion sous un angle mondial, afin de souligner comment le racisme sous ses nombreuses nuances peut désensibiliser notre conscience et affaiblir notre conviction. Nous sommes le gardien de notre frère, un bon prochain, pas seulement un spectateur. Pleurons-nous avec ceux qui pleurent ? Sommes-nous solidaires des personnes vulnérables, des personnes marginalisées ?


Crear un corazón solidario

Las protestas contra el racismo en Estados Unidos y en todo el mundo me hicieron reflexionar más profundamente sobre los versículos de Génesis 1:26-28. Dios nos creó a todos a su imagen y semejanza. ¿Por qué tratamos a una persona mejor que a otra? ¿Por qué se considera a una persona superior a otra con menos dinero en su cuenta bancaria? ¿Por qué el origen de una persona debería definir su futuro? Un buen ejemplo son los « gemelos Singerl » que permanecieron en el mismo vientre durante nueve meses pero nacieron con distintos color de piel. Si Dios no tiene ningún problema con el color de nuestra piel, oscuro o claro, ¿por qué nosotros sí?

Ce n’est que lorsque nous nous appuyons avec confiance et assurance sur la parole de Dieu que nous pouvons apprécier la diversité de la race humaine et être solidaires des personnes victimes de discrimination.

Moi-même, jeune-fille asiatique du Pakistan, ayant un teint de peau légèrement plus sombre que celui de mes sœurs, j’ai été victime de racisme, et je suis solidaire de toutes celles et ceux qui souffrent d’attaques racistes, qu’elles soient physiques ou mentales. Je me suis entendu dire des remarques du genre : « Qui pourrait choisir de t’épouser ? Utilise donc cette crème éclaircissante. » Dans la culture qui est la mienne, coller sur les gens des étiquettes liées à leurs points sensibles est chose commune, par exemple : gros.se, mince, grand.e, petit.e, peau claire, peau foncée. Il m’a fallu arriver à l’adolescence pour penser que j’étais jolie et que ma couleur de peau était belle parce que j’étais faite à l’image de Dieu.

Notre monde est varié – des groupes ethniques différents peuplent des régions différentes. On ne peut contrôler notre aspect extérieur, il est l’expression des gènes qui définissent nos caractéristiques physiques. Avec le temps, les gènes qui ne peuvent dominer finiront par disparaître. C’est ce qu’on appelle la sélection naturelle. La science explique nos origines ancestrales différentes. Pourtant, si l’on s’en tient au concept biblique, nous sommes tous une seule race (« un seul être » d’après Actes 17.26), la race humaine héritée de nos ancêtres, Adam et Ève.

Ce n’est que lorsque nous nous appuyons avec confiance et assurance sur la parole de Dieu que nous pouvons apprécier la diversité de la race humaine et être solidaires des personnes victimes de discrimination.[3]

Jennifer Javed Khan


Crier à Dieu : lamentation biblique[4]

Être victime ou témoin d’actes de racisme s’accompagne d’un certain nombre de sentiments violents. Certaines personnes éprouvent la colère ou la rage, d’autres la peur ou l’anxiété, d’autres encore le désespoir ou l’abattement. Toutes ces réactions à l’injustice du racisme sont normales et compréhensibles et elles sont conformes à la réponse de Dieu vis-à-vis de l’injustice. La Bible tout entière met en évidence le cœur de Dieu, la justice qu’il a à cœur. Toujours à nouveau, Dieu interpelle ceux qui sont injustes et réclame de ceux qui le suivent qu’ils exercent la justice (p.ex. Proverbes 31.8-9 ; Ésaïe 10.1-4 ; Jérémie 22.3 ; Michée 6.8 ; Jacques 5.4-6). Sa colère et sa tristesse en réponse à l’injustice sont évidentes. Et ce n’est pas étonnant ! Les actes de racisme ont souvent pour conséquences des réponses traumatiques dont l’impact individuel, familial et communautaire s’étend sur des générations. Ce traumatisme intergénérationnel a de vastes répercussions, notamment des relations brisées, des soucis de santé mentale comme la dépression et l’anxiété, l’usage de substances comme moyen de combattre la souffrance, une déconnexion d’avec la communauté, des valeurs culturelles et religieuses dégradées et tant d’autres. Ce n’est pas cela le plan de Dieu pour nous. Dieu cherche au contraire l’unité dans la louange « de toute nation, de toutes tribus, de tous peuples et de toutes langues » (Apocalypse 7.9).

Quand nous sommes confrontés à cette déconnexion entre le dessein que Dieu a pour nous et la réalité du racisme et de ses conséquences, une première réaction appropriée s’impose : la lamentation biblique.

Quand nous sommes confrontés à cette déconnexion entre le dessein que Dieu a pour nous et la réalité du racisme et de ses conséquences, une première réaction appropriée s’impose : la lamentation biblique. Tout au long des livres des Psaumes et des Lamentations de Jérémie, nous est exposé un modèle de connexion avec nos réponses émotionnelles face aux injustices telles que le racisme. Nous ne devons pas refouler ou passer sous silence nos émotions ; nous devons les assumer et les présenter devant Dieu. Nous avons un merveilleux Père céleste qui non seulement est prêt à entendre notre colère, notre peur et notre désespoir, mais désire même les entendre. Quand nous exprimons devant Dieu nos réponses émotionnelles, nous entrons en connexion avec un Dieu qui a été à notre place, qui comprend tout à fait la souffrance des victimes d’attaques racistes. Mais au-delà de cette connexion, nous nous branchons sur beaucoup plus grand que nous. Sur le Dieu qui a créé l’univers ! Et, chose étonnante, il a choisi de vivre en nous et parmi nous. Nous sommes ses mains et ses pieds sur cette terre. Alors, apportons au Dieu créateur notre protestation contre l’injustice du racisme et écoutons ce qu’il veut que nous fassions, nous ses témoins « jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1.8).

Rebecca Yin Foo


Rassembler l’Église autour d’une vision plus large

En 1967, Martin Luther King Jr a donné la prédication de Noël à l’église baptiste Ebenezer d’Atlanta, pendant laquelle il a fait la déclaration suivante : « …toutes les vies sont liées entre elles. Nous sommes tous pris dans un réseau de mutualité dont nous ne pouvons pas sortir, étant tissés dans un unique vêtement de destinée. Ce qui affecte l’un directement, nous affecte tous indirectement. »[5] Ces paroles m’ont rappelé la nécessité d’être solidaires avec les personnes qui font face à des luttes dans des pays ou des régions différents. Moi qui écris, je suis un homme noir, mais surtout un homme noir de Jamaïque. Chez nous, les préjugés auxquels nous sommes confrontés sont davantage de lutte de classe que de race, mais n’en sont pas moins dénigrants. Je suis souvent tenté de ne considérer que les sujets qui me touchent directement, sans accorder la même attention à d’autres situations tout aussi pénibles. Pourtant personne ne peut vivre en étant totalement détaché par rapport aux situations que vivent d’autres ; la pandémie de COVID-19 est un exemple parfait de ce qui peut tous nous affecter. Nous devrions voir le « cancer » du racisme de la même manière.

L’Église doit mettre tous les chrétiens au défi non seulement de prêcher l’Évangile, mais aussi de mettre en évidence l’amour du Christ pour les autres, qu’ils aient ou non la même couleur de peau.

Et quand je dis « nous » je pense clairement à l’Église. Je ne suis pas seulement un Jamaïcain noir, je suis aussi un chrétien, je fais partie de l’Église mondiale, je suis appelé à être le sel et la lumière du monde, à participer à la lutte contre la déchéance morale afin que cette lumière brille dans les zones les plus sombres du cœur humain et de la société. Comment pouvons-nous être une voix rédemptrice efficace dans cet espace ? Laissez-moi vous présenter un exemple. Il est tiré du livre While the World Watched [Pendant que le monde regardait] de Carolyn McKinstry, une survivante de la bombe qui a éclaté dans une église à Birmingham, en Alabama, où quatre jeunes-filles ont trouvé la mort en 1963. Elle relate son expérience de l’époque « Jim Crow », ancienne pratique de ségrégation des Noirs aux États-Unis, et elle parle de la décision de la Cour suprême de 1954 par laquelle le juge en chef Earl Warren « a donné aux écoles publiques de la nation l’ordre de procéder à la déségrégation avec toute la diligence voulue. Mais l’État d’Alabama a choisi de ne pas coopérer avec la décision de la Cour suprême. Les écoles et les installations publiques sont restées strictement ségréguées en Alabama. »[6]

Cet exemple est important pour montrer qu’il peut y avoir des lois pour protéger, mais qu’elles ne peuvent de toute évidence pas nous forcer à nous aimer ou nous apprécier les uns les autres. Seul l’amour du Christ peut transformer notre cœur et nos attitudes. L’Église doit mettre tous les chrétiens au défi non seulement de prêcher l’Évangile, mais aussi de mettre en évidence l’amour du Christ pour les autres, qu’ils aient ou non la même couleur de peau.[7]

Paul Lewis


Pour appartenir au Royaume de Dieu, il n’a jamais été question de couleur, de tribu, d’ethnicité, de classe, de langue, de crédo ou de religion.

Équipe Empower de la Génération de jeunes leaders, nous sommes reconnaissants de contribuer à l’Analyse mondiale du Mouvement de Lausanne, à travers ce premier projet, avec Richard Coleman comme auteur principal. Par ce projet, nous exprimons notre cri d’alarme mondial et nous demandons aux leaders de la foi chrétienne de s’en faire l’écho, par amour pour le Seigneur. Nous sommes nés pour une heure comme celle-ci, où la solidarité pour l’humanité manifestée par les ouvriers en première ligne peut porter l’espérance à ce monde par notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Nous construirons des ponts et donnerons aux jeunes leaders les moyens pour continuer à être forts en lui. Tenez bon avec nous, s’il vous plait !

Susan Ann Samuel

Notes

  1. Note de l’éditeur : Voir la première partie de cet article dans le numéro de mars 2021 de l’Analyse mondiale du Mouvement de Lausanne, https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/laml/2021-03-fr/racisme-et-mandat-missionnaire.
  2. Note de l’éditeur : Voir la partie cinq de la Déclaration de Lausanne https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/covenant/la-declaration-de-lausanne.
  3. Note de l’éditeur : Voir l’article de Melody J. Wachsmuth, intitulé « Échos de la table ronde sur les Roms et les non-Roms » dans le numéro de mai 2020 de l’Analyse mondiale du Mouvement de Lausanne, https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/laml/2020-05-fr/echos-de-la-table-ronde-sur-les-roms-et-les-non-roms.
  4. Editor’s note: Esau McCaulley argues that reading Scripture from the perspective of Black church tradition is invaluable for addressing the urgent issues of our times. See his book, Reading While Black: African American Biblical Interpretation as an Exercise in Hope (Downers Grove, IL: IVP Press, 2020)
  5. Martin Luther King Jr., The Trumpet of Conscience (Boston: Beacon Press, 2011).
  6. Carolyn Maull McKinstry, While the World Watched (Illinois: Tyndale House Publishers, 2011).
  7. Note de l’éditeur : Voir l’article de Kirst Rievan, intitulé « Dévoiler la discrimination dans le monde de la mission », dans le numéro de janvier 2021 de l’Analyse mondiale du Mouvement de Lausanne, https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/laml/2021-01-fr/devoiler-la-discrimination-dans-le-monde-de-la-mission.

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Jennifer Javed Khan travaille avec l’University of Management Technology [Université de technologie de gestion] en qualité de formatrice et elle est directrice d’école secondaire au Pakistan. Elle est bénévole avec le groupe Faith Seekers [En quête de foi - groupe d’âges de 12 à 16 ans] de l’Église presbytérienne Naulahka, à Lahore, et avec le groupe Éducation de GJL dans le Mouvement de Lausanne. Elle est membre du l’équipe de direction nationale du Mouvement de Lausanne-Pakistan.

Rebecca Yin Foo est psychologue de l’éducation et du développement. Elle soutient des enfants et des jeunes ainsi que leur famille et elle exerce dans un cabinet privé à Brisbane en Australie. Elle a participé au rassemblement des Jeunes Leaders du Mouvement de Lausanne en 2016 et au Forum mondial du travail en 2019. Elle a coécrit trois livres de conseil et entame un mastère en ministère à Malyon College.

Paul Lewis est jamaïcain et membre du personnel de Students Christian Fellowship [Amicale des étudiants chrétiens - membre du réseau mondial des GBU] et de la Ligue pour la lecture de la Bible. Son principal engagement est auprès des étudiants universitaires. Il est aussi auteur et apologète chrétien (depuis 6 ans, il contribue chaque mois à des articles pour Christian Today Australia [Chrétien aujourd’hui Australie]). Il a récemment lancé un podcast : « Musings: thoughts from a biblical worldview » [Rêveries : pensées nées d’une vision biblique du monde].

Susan Ann Samuel est une avocate indienne et l’auteure de Unseen Yet Seen [Invisible et pourtant vu]. Elle étudie actuellement à l’université d’Édimbourg en vue d’un mastère en droit international. Animée d’une passion pour le changement socialement structurel par l’exercice du droit et l’autonomisation, elle se sent appelée à enrichir la vie de personnes partout dans le monde par sa carrière juridique, ses écrits et ses interventions publiques.

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